Contre-Faits : Collectif de photographes, reporters, activistes et auteurs
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Votre droit à l’image

Photographe : - Publié le 2007.

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Votre droit à l’image, notre droit à l’image.

La photographie d’actualité et de reportage est le témoignage d’un instant, d’un moment, d’une époque. Elle est notre façon de penser et reste indispensable au témoignage que nous laisserons aux générations futures sur nos combats, nos engagements, notre point de vue.

Mais de plus en plus, se manifeste dans notre monde marchandisé, auquel n’échappe pas l’image, une entrave à notre liberté d’expression : les multiples questionnements autour du droit à l’image et de la possession de l’image. Paradoxalement, le plus contraignant pour nous, photographes reporter, ne se situe pas tant dans le cadre légal, puisque le droit à l’information prévaut sur le droit à l’image, que dans le cadre privé. Fréquemment, on veut nous interdire, de photographier certains évènements, certaines personnes ; on nous reproche de publier des photos où les visages apparaissent découverts. On nous demande de flouter ces visages, de respecter l’anonymat.

Sur cette question, la position de Contre-Faits est claire : nous refusons tout floutage sur nos photos. Et nous souhaitons, ici, expliciter cette position.

Tout d’abord, nous considérons que la photographie n’est en rien une simple preuve spectaculaire de ce qu’il s’est passé. A force de demander de flouter, on réduit la photographie au simple fait de montrer : « Regardez, il y avait tant de personnes à cette manifestation, et elles ont fait face à tant de policiers ». Or, une photographie a une histoire, un langage et un sens. Nous, photographe reporter, ne sommes pas là pour montrer ce qu’il se passe mais plus pour interroger, donner du sens à l’événement qui vient de se produire et, si possible, des informations. En floutant des visages, on perd le sens et le message propre de la photographie et du reportage. Un regard ou un visage expriment souvent beaucoup plus de choses, sur l’événement ou l’action, que le reste.

Au-delà du point de vue sur le sens de la photographie, se pose la question de la « possession » de l’image : « appartient »-elle à la personne photographiée ou au photographe ? Pour nous, photographes de Contre-Faits, il est évident que l’image d’une personne, n’appartient pas plus à la personne photographiée qu’elle ne nous appartient ; mais l’essentiel à nos yeux est de respecter l’image de cette personne, comme on respecte cette personne : ne pas porter atteinte à sa dignité, ni lui porter préjudice. Il ne s’agit donc là pas tant d’une question de propriété (c’est-à-dire, savoir qui possède l’image) que d’une question d’éthique (c’est-à-dire, comment on traite cette image). Ainsi, notre engagement, politique et photographique, se traduit aussi dans le refus d’entrer dans les dérives des débats sur la possession de l’image, étroitement lié à leur marchandisation. Nous préférons, réfléchir au sens des images que nous produisons, à leur juste utilisation, dans le sens du bien commun : informer, questionner, analyser, sans porter préjudice aux personnes.

Certes, nous sommes conscients que nos photographies peuvent permettre d’identifier des personnes, voire de permettre aux renseignements généraux ou à des militants d’extrême droite, par exemple, de ficher des activistes.
 Face à ce problème, nous avançons plusieurs arguments :
 D’une part, le fichage est effectif par bien d’autres moyens : les vidéos et les photos prises par les services de police sont réalisées en quantité et avec des moyens bien supérieurs aux nôtres.
 D’autre part, il ne nous semble pas que des photographies telles que les nôtres puissent donner suite à des condamnations : nous n’avons d’ailleurs jamais vu un tel cas de figure se produire. Mais il est évident que le climat général tend à provoquer une certaine paranoïa avec la peur de se retrouver en photo ou vidéo ici ou là. Aussi, il nous semble important de dépasser cette peur : ne devrait-on pas considérer qu’une lutte, c’est aussi être en position d’affirmer et de revendiquer publiquement ses idées ? Quitte à être photographié ?

Malgré cela, nous sommes conscients que nous ne pouvons pas tout publier. Que certaines photos peuvent poser problème. Qu’elles peuvent mettre des personnes judiciairement en danger. Mais, ici, nous souhaitons prendre nos responsabilités et affirmer nos choix.

D’une part, nous ne pouvons passer à côté d’une certaine forme d’autocensure, concernant des photographies qui justement pourraient poser problème : personnes à visages découverts commettant des actes illégaux par exemple. Nous cherchons aussi d’autres manières de photographier : photos prises de dos, flous de bougés, jeu sur les profondeurs de champ, angles de vues coupant des visages, sont autant de manières de ne pas montrer des visages identifiables, et d’éviter des problèmes. Mais, il est évident qu’on y perd en intérêt, en liberté d’expression : pour autant, nous l’acceptons. Nous faisons avec. Et nous en observons, avec dépit, les dérives inquiétantes : de plus en plus de photographes payent des mannequins pour jouer telle ou telle situation, au mépris du réalisme qui caractérise le photojournalisme. Nous refusons, bien évidemment, d’entrer dans ce détournement de l’image.
 D’autre part, l’enjeu se situe bien souvent dans le comportement du photoreporter par rapport à la personne photographiée : si, la plupart du temps, nous n’avons pas le temps de demander aux personnes que nous photographions le droit de les prendre en photo, il y a une sorte d’accord tacite entre le photographe et le photographié. Ne serait-ce que parce que nous évitons les photos « à la volée », pour préférer prendre ouvertement et sans nous cacher nos photographies : si une personne ne souhaite pas se faire photographier, elle l’exprimera d’une manière ou d’une autre, et nous ne prendrons pas la photo. Faire de la photo demande une interaction avec les gens, de s’approcher, de vivre avec eux. C’est aussi cette communion que nous cherchons.

Vous connaissez notre position : le débat reste ouvert, et vous avez la parole !

Le collectif Contre-Faits, février 2008.


 

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